Extraits de biographies
Je vous présente quelques extraits de biographies que j’ai rédigées (publiés avec l’accord des narratrices/narrateurs), afin que vous puissiez avoir un petit aperçu de ma plume.
Extrait 1 : Biographie de la vie d'une femme
De l’emprise à la libération
C’est à cette période-là que j’ai rencontré Stéphane. Avec lui, j’ai partagé une merveilleuse histoire d’amour durant cinq années, une histoire que je n’oublierai jamais. J’ai été éperdument amoureuse de cet homme et il a joué un rôle considérable dans ma vie… C’est comme si, soudainement, à 54 ans, tout venait de commencer ! Je reste d’ailleurs fascinée par cette idée que tout peut arriver, quel que soit notre âge. C’est tellement encourageant !
Notre histoire s’est vécue dans la clandestinité puisque Stéphane n’était pas vraiment libre ; il était marié, séparé de sa femme en semaine, mais il passait ses week-ends et ses vacances en sa compagnie. Cette relation a bien sûr apporté son lot de souffrances et de frustrations, mais aussi tant de moments de grand bonheur. Avec Stéphane, nous ne nous retrouvions que ponctuellement, chaque semaine, le jeudi soir le plus souvent. Néanmoins, je le vivais comme un vrai souffle de liberté, une formidable liberté !
Chez moi, seule, je jouissais du privilège d’être libre ; je n’avais personne à qui « rendre des comptes », comme on dit. Si j’avais envie de lire dans mon jardin, à n’importe quelle heure, les pieds sur la table ou avachie dans mon fauteuil, je pouvais m’y adonner en toute sérénité, sans craindre les remarques ou le jugement de l’autre. Je profitais de cette indépendance. Je n’avais pas de contraintes et je trouvais cela fabuleux. J’ai savouré ce sentiment de légèreté, d’un peu de fantaisie dans ma vie : ce que j’aurais adoré vivre quand j’étais enfant ou adolescente.
Après la mort de ma mère et la séparation d’avec mon mari, je me suis sentie revivre. Et je pense que c’est à partir de là, quand je me suis délivrée de ces deux sortes d’étaux, que j’ai pu m’autoriser à vivre pleinement pour moi. La mort de ma mère m’a clairement libérée et m’a permis d’être enfin moi-même. Si elle avait encore été vivante au moment où j’ai rencontré Stéphane, je ne crois pas que j’aurais su accueillir le plaisir que cette relation m’a offert, que j’aurais pu me laisser ainsi porter avec un homme.
Cela peut sans doute paraître choquant aux yeux d’autrui, et cependant, je peux affirmer aujourd’hui que la mort de ma mère s’est révélée libératrice pour moi. De même, ma séparation a mis fin à un schéma qui m’oppressait, qui m’a enfermée pendant de longues années dans le rôle de la femme dévouée… schéma que m’avait inculqué ma mère et que mon mari, Pierre, avait fait perdurer, même inconsciemment. Mon fils m’a dit un jour : « C’est bien qu’il soit parti. Cela a été dur, mais c’est bien. »
La maison que j’imaginais enfant
J’ai aujourd’hui le sentiment de vivre la vie que je rêvais de vivre enfant. Je me souviens d’une rédaction, en cours de français en classe de quatrième ou de troisième, où les élèves étaient invités à décrire la maison dans laquelle ils se projetaient plus tard — je crois que j’ai encore cette rédaction. J’avais obtenu une excellente note, un 18/20. Ce que j’ai écrit dans ce devoir, c’est ce que je vis actuellement, depuis que je suis seule : une maison ouverte dans laquelle ne règne aucune contrainte, dans laquelle on ne se formalise pas pour un peu de poussière ou pour des bibelots déplacés. C’est un endroit dans lequel on peut s’exprimer et vivre librement. Une maison accueillante, toujours prête à recevoir les gens, pour peu qu’il y ait encore des pâtes dans les placards.
Cette image de la “maison de mes rêves” est bien différente de celle de mon enfance — mes parents recevaient très peu de monde, et il fallait alors mettre les petits plats dans les grands — ou du foyer partagé avec mon mari, qui ne supportait ni désordre ni bruit. Je me suis souvenue de cette rédaction il y a peu et cela m’a vraiment interpellée : je vis exactement dans le genre de maison dont je rêvais et de la manière dont je l’imaginais enfant. Cette vie me plaît.
La rencontre avec moi-même
J’expérimente la solitude depuis trois mois uniquement, ce qui était impensable pour moi il y a peu de temps encore. Et je savoure le fait de me retrouver avec moi-même… ou plutôt de me trouver enfin moi-même. De m’emplir de moi-même.
Si demain, je rencontre un homme, je saurai pouvoir dire ce que je veux et ce que je ne veux pas ou plus. Je ne souhaite, par exemple, plus partager le quotidien avec un homme — c’est d’ailleurs ce que j’ai aussi apprécié dans ma relation avec Stéphane. Je me rends compte que je n’ai pas besoin de vivre dans le sillon de l’autre. Il me tient à cœur désormais d’explorer et de vivre des choses toute seule. Je ne me sentais, autrefois, pas capable de faire ainsi face à la solitude ; cela représente une grande victoire personnelle. Je ressens un véritable bonheur de m’emplir de moi-même et de m’ancrer. Je suis fière d’avoir réussi à me construire.
Aujourd’hui, je repense à ces écueils qui ont jalonné toute ma vie et je mesure le chemin parcouru, toute cette route pour, enfin, me trouver et apprendre à me sentir heureuse avec moi-même.
Extrait 2 : Biographie d'un homme, écrit à la 3e personne du singulier
Fier de ses racines
De son enfance heureuse, Luigi conserve des souvenirs inoubliables, profondément ancrés dans sa mémoire et dans son cœur. Lorsqu’il évoque ses balades à cheval en compagnie de sa mère et de son frère, aux premières heures plus fraîches des journées d’été, ses après-midis passés à faire du skate, ses séances de surf avec ses copains, le sexagénaire a les yeux qui pétillent. Une certaine nostalgie imprègne également sa voix. S’il le pouvait, il retournerait à cette période insouciante.
Issu d’une famille aisée — son père dirigeait une entreprise et sa mère exerçait en tant que consultante — Luigi a reçu une éducation assez stricte, mais respectueuse. Il est conscient de la chance qu’il a eue de vivre une jeunesse protégée durant laquelle il a pu profiter de nombreuses activités telles que la musique, l’équitation, l’aviron. C’est avec une profonde gratitude qu’il parle régulièrement de sa mère, une femme d’origine polonaise, marquée à jamais par des conditions de vie difficiles en tant qu’enfant pendant la guerre. Il a hérité d’elle le goût des bons petits plats et le plaisir de cuisiner pour ses proches. Il convie souvent ses amis à sa table, fier à l’idée de régaler leurs papilles curieuses grâce à ses mets savoureux, qui exhalent le parfum de mille et une herbes et épices de son pays, l’Italie. Perfectionniste de nature, toujours dans le souci de bien accueillir les autres, tel que ses parents le lui ont inculqué, Luigi sélectionne les meilleurs produits, ceux qui révèleront l’arôme et la saveur de ses réalisations culinaires. Il sait que ses convives seront charmés, et il jubile intérieurement lorsque ses invités le félicitent, dégustant chacun de ses plats mitonnés avec amour.
Car Luigi, sous ses apparences d’homme posé, relativement sûr de lui, renferme en réalité une grande sensibilité et un besoin de reconnaissance. Il se souvient, avec une pointe de tristesse, de l’adolescent, timide, introverti et mal dans sa peau, qu’il était, et qui sommeille encore un peu en lui.
Quand il se sent en confiance, l’Italien se laisse aller à quelques aveux et exprime les difficultés éprouvées parfois au cours de son adolescence.
Sa passion, le moteur de sa vie
Aujourd’hui, Luigi est un bel homme. Son épaisse chevelure grisonnante rappelle qu’il a déjà traversé quelques décennies. Son dos un peu courbé et ses bras fins, mais musclés, illustrent toutes les heures passées, tout au long de son existence, sur une planche de surf, à la recherche permanente de la bonne vague, celle qu’il faudra dompter du mieux possible.
Le surf a toujours été le moteur de sa vie, le baromètre de son humeur. La météo du surf l’accompagne jour après jour, en toute saison et en tout lieu. Son occupation favorite : scruter les coefficients des marées, la direction et la force du vent, ou les prévisions de la houle… Rien ni personne n’aurait pu l’éloigner de cette passion vitale pour le surf. C’est cette connexion avec l’océan, avec les vagues, qui a toujours fait battre son cœur. C’est son plus grand, son plus fidèle amour. Partout où il va, ou presque, il emporte avec lui sa fiancée préférée, sa planche de surf, qu’il cajole inlassablement. Une impression de liberté totale, d’autonomie, qui lui a prodigué beaucoup de bien-être, l’aidant sans doute à décharger tout le stress émotionnel qu’il ne réussissait pas à exprimer par les mots. Luigi se demande parfois comment il gèrera sa frustration au moment, immanquable, où il devra mettre fin à son parcours de surfeur.
Lorsqu’il a quitté Cefalù, sa ville natale de Sicile, à l’âge de dix-huit ans, son Esabac (baccalauréat français et italien) en poche, Luigi nourrissait déjà cette passion dévorante pour le surf. Son père, craignant qu’il passe trop de temps à l’océan au détriment de ses études, avait refusé qu’il s’envole vers le Sud-Ouest de la France, comme le souhaitait le jeune homme. Il s’était finalement inscrit à l’Université de Toulouse où il a, par la suite, intégré une école d’ingénieurs en aéronautique. Puis, le jeune Sicilien au caractère bien trempé, voire un peu têtu, est allé au bout de son idée initiale et s’est installé, au début des années 2000, dans le Pays basque. C’est ici qu’il vit aujourd’hui… sans surprise, à proximité de l’océan.
Un cocon au parfum d’Italie
En pénétrant dans sa maison au bardage de bois blanc, une atmosphère particulière nous enveloppe : plusieurs tapis traditionnels aux motifs mosaïques recouvrent le sol, les meubles en bois sculpté, les nombreux vases en céramique et les tissus chamarrés décorant ses fauteuils, rappellent combien Luigi est fier de ses racines et reste très attaché à son pays d’origine. Il aime se retrouver seul dans cette maison, qu’il a achetée et rénovée il y a très longtemps déjà. Elle représente un nid douillet et rassurant, comme son cocon, où il éprouve le besoin de se ressourcer, de se retrouver seul régulièrement, en l’absence de sa famille.
Extrait 3 : le récit d'une lourde opération chirurgicale (narratrice de 20 ans)
Le jour J
Le réveil a été assez matinal. Il a fallu que je m’enduise de désinfectant sous la douche, sur le corps et même sur les cheveux. Je sens encore cette odeur particulière de la Bétadine. C’est un souvenir qui demeure, c’est une odeur que je n’oublierai pas ; je l’ai de nouveau perçue à l’occasion d’une autre opération, plus anodine cette fois (les dents de sagesse), un ou deux ans plus tard. Cette odeur m’a alors instantanément ramenée à cette époque-là…
Après cette douche désinfectante, les infirmières sont venues me préparer. Je n’avais pas le droit de manger. Elles ont placé plusieurs patchs sur ma main, en prévision des piqûres et autres perfusions qui n’allaient pas tarder à s’enfoncer dans ma peau. Les brancardiers sont arrivés pour m’emmener à la salle d’opération. Dans ma mémoire, tout s’est passé très vite… Il a alors fallu dire au revoir à ma mère. J’ai appris, après coup, que ce moment avait été très difficile pour elle qui, malgré de gros efforts, a eu bien du mal à contenir ses larmes. Depuis, j’ai compris combien ces moments sont compliqués pour les proches ; mes parents, mes sœurs et mon frère devaient se sentir bien impuissants et craindre les risques inhérents aux opérations, surtout quand il s’agit d’une intervention si lourde. On ne peut s’empêcher de penser, dans de telles circonstances, aux paralysies, à la mort aussi, même si c’est très rare fort heureusement.
Le trou noir
Mes souvenirs de cette phase-là demeurent assez flous ; je me rappelle cependant avoir ressenti une très longue attente devant le bloc d’opération, ça n’en finissait pas. Dans ma mémoire, je vois plusieurs salles ainsi qu’une très grande pièce dont les fenêtres portaient des rideaux. Des infirmières sont venues me faire des piqûres. J’observais mon corps et découvrais des patchs sur ma poitrine et des aiguilles reliées à de longs et fins tuyaux. Je vois encore le visage d’un jeune enfant et d’une personne âgée, eux aussi allongés sur des brancards à côté de moi.
J’ai enfin été conduite au bloc… puis, tout s’est passé très vite. J’ai découvert plein de monde tout autour de moi ; il régnait une bonne ambiance. L’équipe soignante plaisantait, se voulait rassurante et y parvenait plutôt bien : j’y suis allée, moi aussi, de ma petite touche d’humour quand, après m’avoir annoncé « On va t’endormir désormais », je ne sentais rien venir. Je leur ai alors rétorqué, d’un ton léger : « Mais ça ne marche pas, votre truc ! » Et tout à coup, plus rien… le vrai trou noir.
La salle de réveil : une étrange sensation
Quand je me suis réveillée, plusieurs personnes s’affairaient dans la pièce. J’entends encore les bruits des machines, les voix du personnel médical. Je me rappelle très bien de l’appareil de tension qui serrait mon bras à intervalles très réguliers, et je sentais mon corps tout engourdi. Une drôle de sensation. Je ne pouvais pas vraiment bouger, j’étais encore perfusée de partout ; je n’éprouvais cependant pas vraiment (pas encore) de douleurs. Mon souvenir le plus marquant de ce moment-là, c’est cette impression que tout était lent, long, étrange. Ma première question, quand l’infirmière m’a demandé si j’allais bien, a été : « Quand est-ce que je pourrai revoir mes parents ? »
L’équipe m’a ensuite transportée dans une seconde salle, plus petite. Ici, j’ai repris peu à peu mes esprits. C’était néanmoins comme si je n’avais plus la notion du temps.
Soudain, dans l’encadrure de la porte, j’ai aperçu mes parents. Une énorme vague d’émotion m’a alors assaillie ; cela faisait si chaud au cœur de les revoir enfin ! Je n’ai pu retenir mes larmes, des larmes de joie, des larmes de soulagement. Je me sentais moins seule, rassurée. Ils se tenaient là, à côté de moi. J’ai cru percevoir que maman pleurait, elle aussi, malgré ses tentatives pour cacher ses larmes. Je me souviens très bien qu’ils m’ont dit quelque chose qui m’a fait vraiment plaisir : « Le chirurgien nous a raconté que tu lui avais donné du fil à retordre durant l’opération ; il a en effet dû forcer pour mettre en place la barre métallique le long de ta colonne, tant ton dos est bien musclé ! » Mes efforts, tout ce temps passé ces derniers mois afin d’essayer de redonner à mon corps une allure plus satisfaisante, d’offrir à mon dos une structure plus musclée, plus robuste, avaient donc porté leurs fruits !
J’ai appris à cet instant-là que l’opération avait duré environ 6 heures.
J’ai su également que j’avais perdu beaucoup de sang durant l’intervention et que ma tension avait brusquement chuté. Je crois me souvenir les avoir en effet entendus parler d’une tension soudain trop basse… à 7, il me semble.
Un nouveau corps à se réapproprier
Le premier jour et la première nuit, je suis restée sous surveillance rapprochée dans une chambre dédiée. Une jeune kiné est venue me rendre visite et a essayé de me relever pour m’asseoir au bord du lit. Je crois pouvoir dire que je n’ai jamais eu aussi mal…